Le Bien et le Mal

Le Bien et le Mal

Martin de Waziers

2018

Le Dialogue Intérieur nous apprend à gérer nos sous-personnalités. Si Carl Gustav Jung a eu cette intelligence de nous faire comprendre ce que sont nos masques (persona vient du mot étrusque qui veut dire « masque de théâtre », ce grimait le visage de l’acteur autant qu’il lui servait de mégaphone), Hal et Sidra Stone nous ont ouvert la voie de leur « jeu ».

Avec le Dialogue Intérieur (DI), on peut aller à la découverte de notre personnalité et de ces opposés qui la composent : on appelle cela « polarité » ; telle la lemniscate qui caractérise l’infini sous forme d’un huit allongé, des sous-personnalités, pas nécessairement antonymes, s’organisent dans une danse sans fin où l’une prend le relais de l’autre avec harmonie…

Prenons le bien et le mal ! Adam et Eve ou l’ange déchu qu’est Lucifer (porteur de lumière qui va personnifier les ténèbres) : l’humanité porte cette dualité en elle, cette dichotomie qui fait partie de la vie de chacun. Notez que l’on a poussé la symbolique avec ce qui est « droit » (comme il faut, régulier) ou « gauche » (pied gauche, arme à gauche, etc.)

Entendez-vous, dans vos souvenirs, cette invective « c’est pas mal » plutôt que de dire « c’est bien » … Ah non, on peut toujours faire mieux ! D’ailleurs, quand j’étais jeune… Le jugement fait aussi partie du système millénaire basé sur les valeurs, comportements et aspirations des uns et des autres. L’éthique et la morale sont là pour nous guider, bien sûr.

Telle la cyclothymie inhérente à tout être humain, l’amplitude du bien et du mal, que l’on fait, peut être extravagante, comme elle peut être mesurée. Notre bien et notre mal ne tient qu’à nous, disait Michel de Montaigne. L’important est d’en prendre conscience, ce que j’aime appeler appréhender (attraper la bête sauvage) pour l’apprivoiser et enfin la libérer.

Le Dr Jekyll était un chercheur invétéré sur le bien et le mal jusqu’à ce qu’il découvre la potion qui fît de lui Mr Hyde, cet abominable assassin qui sera tué à la fin du film ; s’il souffrait de cette polarité, aurait-il connu le D.I., il aurait pu guérir ! Ce qu’on fait par amour l’est toujours par-delà le bien et le mal, a osé affirmer Friedrich Nietzsche…

Mais comprendre le mal, est-ce politiquement correct ? L’homme souhaite un monde où le bien et le mal soient nettement discernables car est en lui le désir inné et indomptable, de juger avant de comprendre (Milan Kundera). La projection de nos tendances trouve refuge dans ce jugement inné qui devient, en soi, un engrais pour le mal : modérons nos élans !

Ni optimisme béat, ni pessimisme délétère, le mal a décru depuis l’origine de l’humanité : 70 ans sans guerre en Europe, le terrorisme récent a fait moins de morts que dans les années ’70 ! La ligne de partage entre le bien et le mal ne sépare ni Etats ni classes ni partis, mais le cœur de chaque homme et de toute l’humanité, affirmait Alexandre Soljenitsyne… Alors ?

L’espèce humaine est constituée de braves gens, nous rappelle Michel Serres dans son dernier essai « C’était mieux avant ». Son manifeste détruit le déclinisme actuel et le remplace par un certain optimisme. L’optimisme, c’est regarder ce qu’il y a de meilleur dans tout ce que nous traversons jour après jour, oser nommer les quelques joies de la journée !

Travaillons nos sous-personnalités ! Nous avons un outil, il s’appelle le D.I. ; il nous permet de prendre pleinement conscience des polarités. Il y a une part de lumière et d’ombre en chacun de nous, mais, ce qui compte, c’est celle que l’on choisit de montrer dans nos actes, car cela, c’est ce que l’on est vraiment. Voulez-vous tenter l’expérience de la conscience ?

© Martin de Waziers pour Alpha Omega Capital

Publié le 10 janvier 2018

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2 thoughts on “Le Bien et le Mal

  1. Suzel Gaborit-Stiffel Post author

    Dialogue Intérieur et le Bien et le Mal, une autre vision

    Merci à Martin de Waziers pour ce bel article qui fait des liens fort intéressants.
    Qu’on le veuille ou non, chacun de nous porte en lui  » sa  » vision du DI, même si nous avons tous été abreuvés à la même source.
    Je ne peux que saluer son courage de s’attaquer à un aussi grand sujet pour illustrer la réflexion qu’il nous propose sur le jeu de nos sous personnalités. Quelle opposition plus essentielle aurait-il pu choisir ?
    Si le Bien et le Mal sont des opposés universellement compréhensibles, leur contenu est indéfinissable, variant avec les époques, les cosmogonies, les régions du monde, les cultures, les politiques, les religions, les modes …. Un champ infini d’interprétations du concept, illustrées ou commentées par les artistes, les écrivains, les philosophes, les penseurs et les gourous qui imposent à l’individu des lois morales ou immorales qu’il n’a choisies que sous influence ou contrainte. Le récent exemple de la Turquie perdant la belle liberté de croyance sous laquelle elle vivait depuis Ataturk en est un triste modèle.
    En ce mois de janvier 2018, la discussion fait rage dans les media sur ce qui est Bien ou Mal dans les relations entre hommes et femmes. Les femmes elles-mêmes n’étant pas d’accord sur ce point, maintenant qu’elles ont la parole. On se demande comment l’humanité a pu se perpétrer sans avoir préalablement réglé cette question ?
    Je n’ai personnellement pas le courage de m’attaquer à Adam et Eve, à Lucifer, à notre dualité ontologique qui, à travers toutes les époques sont restées des questions sans réponse.

    Si Martin a mille fois raison de nous proposer d’utiliser le Dialogue Intérieur pour sortir de la rigidité des lois archétypales qui gouvernent nos sous personnalités, c’est que cette démarche nous propose plus qu’une posture de distanciation vis-à-vis d’elles.

    Ce qui est essentiel dans le Dialogue Intérieur, selon Hal et Sidra Stone qui pourtant ne l’ont pas mis en valeur dès le début de leurs travaux, est le concept de Moi-Conscient ou Ego- Conscient. Ils ont commencé leur oeuvre en parlant de  » Psychologie des sous personnalités  » avant de lancer le beau titre de  » Psychologie du Moi-Conscient (ou Ego Conscient)  » pour désigner leurs travaux.
    Le développement du Moi -Conscient constitue pour moi l’avancée majeure du Dialogue Intérieur, nous conduisant au fur et à mesure qu’il grandit en nous à  » sortir par le haut  » de la polarisation originelle de nos énergies entre conscient et inconscient.
    En termes de coaching ce résultat du Dialogue Intérieur peut, dans certains cas, être considéré comme un  » changement de type 2 « , état qui transforme complètement la vision de blocage que nous imposait la polarisation originelle en apportant une solution qui intègre les contraintes des opposés.
    Le Moi-Conscient s’installe d’autant mieux que le client a compris que ses sous personnalités primaires, nos  » masques « , ne sont pas le Bien mais sont parfois des protections nécessaires, et que nos reniées ne sont pas le Mal parce qu’elles sont opposées
    à des règles socialement acceptées. Une des principales qualités du DI est de nous permettre d’utiliser certaines reniée comme des ressources.
    Hal Stone parle de la difficulté à maintenir l’équilibre entre nos opposés, à apprendre à doser de manière homéopathique les constituants de chaque pôle. Il insiste également sur la difficulté de l’exercice :  » You have to sweat « , dit-il, soulignant combien il est difficile de garder cet équilibre.
    Dernier point de vue, très personnel : je suis assez peu convaincue que le Mal ait diminué dans le monde. Sans doute prend-t-il des formes différentes, drogues, trafics, pollution de la terre et des océans, destruction d’espèces de plantes et d’animaux etc…
    Malgré le respect que je porte à Michel Serres, je ne suis pas du tout sûre que les gens soient « des braves gens « .
    J’ai l’âge de me souvenir des fours crématoires activés par de  » braves gens  » obéissant en toute bonne conscience à leur leader Hitler. On a plus récemment vu d’aimables peuples couper leurs voisins en morceaux à la machette, et tant d’autres massacres en cours à l’heure actuelle.
    Plus près de nous on bute à Paris, le soir, sur de malheureux migrants couchés avec femme et enfants par terre sous la pluie … Tout ce désordre a décidé les braves gens de l’immeuble que j’habite à placer à grands frais des grilles devant le porche qui abrite de la pluie pour empêcher quiconque d’y dormir au sec.
    Je vous souhaite une année bien au chaud et un magnifique chemin vers le Moi-Conscient.

    Suzel Gaborit-Stiffel (CECDI)

  2. Marie-Agnès Chauvin Post author

    Le bien et le mal
    La condition humaine est ballottée dans un océan de postures différentes et de couples d’opposés. La confrontation à la dualité est inhérente à notre existence. Il se peut même qu’elle en recèle l’essence. La façon dont nous sortons du piège de l’unilatéralité nous révèle à nous-mêmes et nous ouvre le chemin de la paix avec l’autre, voire à son amour. Dans ce contexte, le bien et le mal forme le couple d’opposés le plus ultime et le plus difficile à intégrer.
    Il est des opposés avec lesquels il est facile de discuter, ce sont ceux que nous partageons avec le règne animal. Comme les animaux, nous sommes plongés dès la naissance dans le chaud et le froid, la faim et la satiété, le jour et la nuit etc. Des capteurs nous renseignent sur notre état et nous sommes en mesure d’aménager la situation pour nous adapter et moins souffrir.
    Les animaux s’en tiennent généralement là. L’humain poursuit avec une couche  » morale  » qui lui est inculquée. Cet apprentissage lui ouvre : beauté/laideur, gentillesse/méchanceté, altruisme/égoïsme, bien/mal etc. Nous les apprenons en grandissant et nous découvrons que nous n’avons pas de capteurs très fiables pour les distinguer. Nous n’avons pour commencer qu’un système émotionnel inné et qu’un système de valeurs transmis par nos ainés dont les données manquent de rigueur et de continuité. Nous en faisons l’expérience dans le mouvant et le violent.
    Pour un petit enfant, un chat qui tue une souris sans la manger, est méchant et cruel. Le chat a-t-il la notion du mal ?
    Un humain qui tue un autre humain au nom d’une inspiration spirituelle est-il plus un assassin qu’un égaré ?
    Un parent qui dispute son enfant, pour le mettre dans le droit chemin, est sur quelle rive entre le bien et le mal ?
    Un pervers narcissique qui fait souffrir un autre être (sans s’en rendre compte car il ne ressent pas la douleur de l’autre) est-il coupable ?

    Comment se comporter avec le Bien et le Mal ?
    Peut-on recourir à d’autres ressources que la machine à juger subjective issue de nos conditionnements et de nos projections ?

    Les praticiens du Dialogue Intérieur ont la clé du dilemme !
    Elle est dans le processus que nous utilisons tous les jours avec nos clients/patients dans les séances de Dialogue Intérieur. Nous essayons de mobiliser chez eux et chez nous :
    1. La capacité cérébrale pour décrire la situation : le chat a tué la souris.
    2. Le corps et ses capteurs sensoriels pour vivre la situation au travers de sensations et d’émotions : je suis dégoutée et triste.
    3. L’amplification des ressentis pour se mettre au centre du problème et cesser de projeter : je vis la situation jusqu’à arriver à me ressentir  » chat  » puis  » souris « .
    4. Le retour physique au  » moi conscient  » pour avoir un regard et une analyse différents de la situation : en tant que chat, j’ai répondu à une programmation de la vie pour me nourrir ; en tant que souris, j’ai perdu la vie pour nourrir le chat.
    5. La conjonction et le dépassement des opposés pour arriver (à minima) à avoir un comportement moins figé. Au-delà, pour aboutir à un  » ressenti  » qui transcende le corps et l’esprit et nous fait entrer dans une nouvelle dimension : je sens/sais que je suis un maillon de la chaine de la vie.

    Pour finir sur une note personnelle, je vous fais part de mon propre combat face au bien/mal. Il démarre en général par des jugements abrupts et le ressenti de violentes émotions négatives que je fuis avec ardeur pour éviter le stade 3 !
    Quand, par bonheur, j’arrive (fugacement et rarement) au stade 5 pour me  » voir  » comme une simple actrice/rouage d’un univers bien trop grand pour que je le comprenne, alors s’ouvre une petite porte qui s’appelle  » sérénité « .

    Amitiés à toutes et tous !
    Janvier 2018
    Marie-Agnès Chauvin
    AFD

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