L’amour conditionnel et l’amour inconditionnel

QUELQUES REFLEXIONS AUTOUR DE DEUX ENERGIES EN POLARITE :
L’AMOUR CONDITIONNEL ALIAS LE CRITIQUE ET L’AMOUR INCONDITIONNEL

Marie-Danielle Koechlin

2018

L’Univers est constitué d’un mélange de matière et d’énergie dont la structure est définie et maintenue par des équilibres entre polarités. Par exemple les charges positives et négatives de l’électricité, les pôles nord et sud du magnétisme, la lumière et l’absence de lumière, les extrêmes de température, etc.

En tant qu’êtres humains, nous n’échappons pas à cette règle des polarités et, comme toute créature vivante qu’elle soit végétale, animale ou même bactérienne, nous sommes nous aussi façonnés et guidés par un principe fondamental d’équilibre afin de nous maintenir en vie dans les meilleures conditions possibles.

Au cours des siècles et des millénaires l’être humain a cependant développé, à travers différentes maîtrises comme celles de la verticalité, du feu et du langage, de l’abstraction et de l’esprit, puis enfin celles de la subjectivité et de la conscience, une réflexion et une créativité culturelles qui, en ce moment même, nous conduisent à réfléchir, à nous poser des questions, à édifier toutes sortes de théories et à inventer des méthodes pour mieux gérer nos existences. Le Voice Dialogue est précisément l’une de ces méthodes ; or celui-ci non seulement tient compte du phénomène de la polarité, mais le place au centre même de sa pratique.

Dans cet article je m’intéresse à deux sous-personnalités archétypales en polarité : le Critique et l’Amour inconditionnel. Pourquoi opposer le « vilain », dérangeant, rébarbatif et frustrant Critique à l’Amour inconditionnel ? Parce qu’on pourrait aussi bien nommer le Critique « Amour conditionnel », c’est-à-dire une Énergie dont la vocation première est de nous soutenir, à condition que nous remplissions, justement, certaines conditions.

Développé dès notre petite enfance où il agissait comme un Protecteur pour nous permettre de déceler les attentes de nos parents et pour nous programmer à les prévenir, notre Critique s’est donc construit peu à peu pour nous guider et nous permettre de croître au mieux selon les exigences – autrement dit selon les conditions – de notre environnement. Selon le degré de rigidité de celui-ci, notre Critique devient lui aussi plus ou moins rigide dans ses prescriptions et donc dans le conditionnement de notre comportement et de nos pensées.

Ceci jusqu’au jour où nous prenons conscience de son existence grâce à différentes approches philosophiques ou thérapeutiques. Suivant le type de celles-ci, nous le nommerons « Surmoi » ou « Faux Self » ou encore « Ego », etc. En VD on nomme cette sous-personnalité « le Critique » et en l’honorant, c’est-à-dire en l’incarnant encore et encore, on découvre qu’il agit exactement comme un logiciel programmé il y a bien longtemps et selon des critères qui n’ont plus forcément cours.

Il me semble intéressant de voir toutes nos Énergies comme des logiciels, qui parfois se recoupent, s’allient, se copient les uns les autres.

Si l’on accepte l’idée que le Critique, alias l’Amour conditionnel, est un logiciel, la conclusion est qu’il faut le mettre à jour. Comment s’y prendre ? Sur quelles Primaires actuelles faut-il se baser ?

La première chose à faire c’est sans doute d’identifier les sous-personnalités qui ont présidé à sa mise au point, de décider si celles-ci sont toujours d’actualité, lesquelles et dans quelle mesure.
Passons maintenant à un autre type de logiciel et voyons ce que recouvre cette notion d’Amour inconditionnel.

La première fois que je l’ai rencontrée c’est dans ma pratique de formatrice en Co-Counseling (1) puis plus tard en Eleuthéropédie (2). L’amour inconditionnel était alors considéré comme l’amour idéal que les parents devraient porter à leur enfant afin de lui permettre un développement harmonieux. Amour opposé à l’amour conditionnel qui, lui, serait à l’origine de tous les conditionnements invalidants, sources de comportements inadaptés. De la part d’un éducateur ou d’un thérapeute, l’amour inconditionnel ne consiste ni en tolérance ni en indulgence, encore moins en laxisme. En effet, l’amour peut, et même doit être exigeant. A mon sens, il doit l’être dans la mesure où il vise une vision entéléchiste (3) du client, c’est-à-dire une vision de ce qu’il peut réaliser de meilleur pour sa propre homéostasie, ou son individuation (4), ou disons simplement son épanouissement.

L’Amour inconditionnel c’est une sous-personnalité, une Énergie, donc un logiciel certes, mais il n’a pas besoin d’être mis à jour car il est par définition intemporel. Sans doute est-ce une Primaire chez des êtres comme Mère Teresa, l’Abbé Pierre, Saint Vincent de Paul… Ce n’est certainement pas une Primaire chez moi, cependant je connais cette Énergie et je peux la contacter et la ressentir, la laisser m’habiter… par exemple le temps d’une séance. Lorsque j’ai débuté comme facilitatrice pour des clients, je commençais toujours les séances en proposant un temps de silence, suggérant au client de prendre conscience de sa respiration et de passer quelques minutes à se centrer. Pendant ce temps je faisais monter en moi l’Énergie d’amour inconditionnel. Pour cela il me suffisait de penser à la personne bébé, de l’imaginer comme un nouveau-né. Actuellement je me connecte instantanément à cette Énergie pour toute la durée des séances que je facilite, ce qui ne m’empêche pas bien évidemment de me connecter en outre avec les Énergies correspondant à celles explorées par le client. C’est cette Énergie d’amour inconditionnel qui permet au client de se sentir, au moins durant le temps d’une séance, accepté dans sa totalité, complètement et parfaitement légitime. C’est cette assurance qui va lui permettre de se séparer des Primaires qu’il aura incarnées ; également d’aborder et de personnifier ses Reniées en toute légitimité.

Logiciel extrêmement efficace et puissant, l’Amour inconditionnel est en outre fort agréable à ressentir. Quand je fais appel à lui je me sens moi-même plus large, meilleure, digne d’être aimée, comme si cet amour inconditionnel m’éclairait moi aussi de sa lumière. Comme l’aurait dit le Curé d’Ars à l’approche de sa mort : « S’il n’y a rien après la mort je serai bien attrapé, mais je ne regretterai pas de m’être consacré à l’amour ».

Comme toutes les Énergies qui, lorsqu’elles nous agissent, nous font croire mordicus à leur suprématie, à leur prééminence, l’Amour inconditionnel nous remplit… d’amour justement, et c’est bien ce qui est si agréable. Mais lui aussi a son piège et peut conduire à des excès lorsque par exemple il nous déséquilibre au point de nous faire oublier le bon sens ou notre propre santé. Ou lorsqu’il s’allie à des Primaires Idéalistes, Mère Pélican, ou Ascétiques ou même à une Victime qui se sent gratifiée de prendre en charge le malheur d’un autre.

Dans tout cela, qu’en est-il du Moi conscient ?

Si l’on adopte l’idée que les sous-personnalités sont des logiciels, quel est alors le statut de l’Ego Conscient ou Moi Conscient ? QUI est-il ? Est-il une forme de logiciel lui aussi ? Ou bien serait-il plutôt le système d’exploitation sous les auspices duquel les logiciels s’exécutent ? En tant que système d’exploitation, il serait lui aussi un logiciel mais dont le rôle est de s’assurer qu’aucun des autres logiciels ne garde le monopole en veillant à une égalité d’accès aux ressources de la machine.

Ne pourrait-on voir une grande parenté entre notre concept de Moi Conscient et l’idée de Kant que « il doit bien y avoir » quelque chose, une instance qui expérimente, ce qu’il nomme le « Sujet transcendantal »(5), qui rend possible la perception (dont la perception de nos états psychiques, donc de nos Énergies) mais qui ne peut elle-même jamais être objet de perception ? En effet Kant explique que si l’on saisissait ce « quelque chose », cela deviendrait aussitôt un objet (qui serait perçu par une conscience) et non plus un sujet. C’est alors non pas sur la conscience qu’on agirait, mais on ne ferait qu’élargir le champ ou le nombre de choses perçues.

Personnellement, j’aime voir le Moi Conscient comme une sorte de balancier faisant partie de ma subjectivité et que je peux développer par l’exercice et rendre de plus en plus sensible, « clairvoyant » et donc utile pour me proposer des choix favorables à mon homéostasie (6).
Homéostasie dont font évidemment partie mes relations avec tous les autres êtres vivants, et les autres êtres humains en particulier

(1) Mouvement également connu sous le terme de Co-Conseil ou en France de Co-Écoute.
(2) Approche créée par Daniel Le Bon, philosophe et pédagogue disciple de Carl. R. Rogers.
(3) Dans la tradition d’Aristote, l’entéléchie c’est l’Energie qui permet à l’être de trouver son plein épanouissement.
(4) Selon C.G.Jung, l’individuation désigne le processus d’organisation qui détermine la réalisation d’une forme individuelle complète et achevée.
(5) In Critique de la Raison pure., Analytique transcendantale, § 16.
(6) Concept formulé par Claude Bernard, repris et nommé par le physiologiste américain Walter Cannon, l’homéostasie correspond à la tendance des organismes vivants à maintenir constantes leurs conditions de vie.

Publié le 2 mai 2018

Vous désirez réagir à cet article ?

N’hésitez pas à nous envoyer votre texte au comité de comunication par mail

retour en haut de la page

Revenir à la page Articles