Le Voice Dialogue dans son contexte

Véronique Brard

2019

Il m’a semblé intéressant de remettre le Voice Dialogue dans son contexte historique. Dans le courant du XXème siècle de nombreux médecins et psychiatres mais aussi chercheurs et philosophes vont développer de nombreuses théories et de remarquables méthodes pour tenter de soigner le mal-être humain. Comprendre dans quel courant de pensée s’inscrit le Voice Dialogue, pour mieux cerner ensuite ses spécificités a été ma démarche. Je tente donc, dans ce premier article, une courte synthèse.

Plusieurs grands courants existent dans l’histoire de la psychologie. Ces courants naissent les uns des autres, se recoupent, interfèrent, s’allient. Au départ existent deux grands mouvements, la psychanalyse et le comportementalisme ou behaviorisme. Puis vient la psychologie humaniste, parfois nommée la « troisième force ». Elle va transformer notre regard sur l’inconscient : il devient une richesse et une ressource. Enfin, un quatrième courant, la psychologie transpersonnelle, née dans les années 60/70, va s’intéresser aux états modifiés de conscience, aux grandes traditions spirituelles, comme les religions et le chamanisme, et intégrer, aux découvertes des trois écoles précédentes, la dimension spirituelle de l’homme.
Je vais reprendre les différentes méthodes développées à l’intérieur de ces quatre grands courants, nommer les grandes figures qui les ont impulsés, développés et, au final, transformés.

1. Le courant psychanalytique et les chercheurs qui l’ont fait évoluer.

  • Sigmund Freud, l’inconscient et la cure psychanalytique – 1920.
    Sigmund Freud, (1856-1939), neurologue autrichien, fondateur de la psychanalyse, révolutionne la conception du psychisme humain. Il abandonne la pratique de l’hypnose pour élaborer la pratique psychanalytique et révèle au monde les notions de conscient, d’inconscient, de refoulement, de transfert, de complexe et d’association libre, entre autres. Freud
    En France Jacques Lacan, (1901-1981), va reprendre et interpréter tous les thèmes chers à Freud, tandis qu’en Angleterre Mélanie Klein, (1882-1960), va diffuser les thèses freudiennes et développer l’analyse des enfants.
    De nombreux chercheurs vont débuter en tant que psychanalystes avant de développer leur propre pensée. Certains ont créé des méthodes qui restent la base de nombreuses thérapies actuelles.
  • Roberto Assagioli et la psychosynthèse – 1926.
    Roberto Assagioli, (1888 -1974), médecin neuro-psychiatre, disciple de Freud, va devenir le pionnier de la psychanalyse italienne avant de se séparer du maître pour développer sa propre approche de la psychothérapie et créer, en 1926, la psychosynthèse. Cette méthode prend en compte l’être humain dans ses différentes dimensions (rôle des émotions, fonctionnement du psychique et du somatique, place dans le monde), d’où la notion de synthèse.
  • Wilhelm Reich et ses recherches en bio-physique – 1937.
    Wilhelm Reich, (1897-1957), médecin, psychiatre, psychanalyste de la première heure, né en ce qui est l’Ukraine actuelle, va porter plus particulièrement son attention sur l’importance de l’épanouissement sexuel, la notion de cuirasse caractérielle et poser, aux alentours de 1937, les bases de la thérapie psycho-corporelle. Reich part du principe que, pour une grande part, la cause des névroses est d’origine socio-économique (problèmes de logement, indépendance économique de la femme, difficultés de contraception), ce qui va l’éloigner de Freud. Ses recherches controversées sur « l’orgone » (énergie vitale) vont être à l’origine de son emprisonnement aux États Unis.
  • Alexander Lowen et la bioénergie – 1950.
    Alexander Lowen, (1910-2008), disciple de Wilhelm Reich va reprendre ses études sur l’orgone et créer la bioénergie. La somatothérapie, la végétothérapie, l’orgonthérapie, les thérapies primales, l’intégration posturale sont des pratiques d’inspiration reichienne.
  • Donald Woods Winnicott, les squiggles et les objets transitionnels – 1950.
    Donald W. Winnicott, (1896-1971), pédopsychiatre et psychanalyste britannique va mettre l’accent sur le développement affectif de l’enfant et le fait de prévenir les effets de ce qu’il nomme, les failles de l’environnement. Très pragmatique, il est à l’origine des squiggles, jeu de dessin à deux qu’il pratique en thérapie afin d’établir un lien et une communication entre l’enfant et lui à travers un media, ici, une feuille de dessin.

    Le squiggle renvoie à la notion winnicottienne de play (jeu sans règle stricte) lié à l’imaginaire par opposition au game (jeu avec des règles plus strictes, souvent plus associé à une idée de compétition).
    Winnicott va mêler psychanalyse et dessin dans une forme de co-construction psycho-thérapeutique. La thérapie par le jeu et l’art-thérapie peuvent certainement se réclamer de ce précurseur.
    Squiggle
  • Fritz Perls et la Gestalt-thérapie – 1952.
    Une autre grande contribution à la psychologie moderne va venir de Fritz Perls, (1893 1970). Psychiatre et psychanalyste allemand émigré en Afrique du sud, puis aux États-Unis, il va réviser certaines théories de Freud et fonder vers 1952 la Gestalt-Thérapie. 
Cette approche thérapeutique est centrée sur l’interaction constante de l’être humain avec son environnement. Le tout est différent de la somme de ses parties est un des principes phares de la théorie de la Gestalt.
    Cette théorie souligne aussi, qu’une partie dans un tout est autre chose que cette même partie isolée ou incluse dans un autre tout, puisqu’elle tire des propriétés particulières de sa place et de sa fonction dans chacun d’entre eux. Ainsi, un cri au cours d’un jeu est autre chose qu’un cri dans une rue déserte ; être nu sous la douche n’a pas le même sens que de se promener nu sur les Champs-Élysées.
    Pour comprendre un comportement ou une situation, il importe donc, non seulement de les analyser, mais surtout, d’en avoir une vue synthétique, de les percevoir dans l’ensemble plus vaste du contexte global, avoir un regard non pas plus « pointu » mais plus large : le « contexte » est souvent plus signifiant que le « texte ». « Com-prendre » c’est prendre ensemble.
    La Gestalt va se développer aux États-Unis au sein du courant de la psychologie humaniste et arriver en Europe dans les années 70, avec «le mouvement du potentiel humain» qui valorise les théories psycho-corporelles et émotionnelles.
  • Eric Berne et l’Analyse Transactionnelle, les états du moi – 1958.
    Eric Berne, (1910-1970), psychiatre et psychanalyste fait également partie des psychanalystes inspirés par Freud dont la pensée va évoluer pour créer, au final, sa propre méthode : l’analyse transactionnelle (AT).
    L’AT reconnait trois « états du moi », enfant, parent et adulte et étudie les phénomènes intra-psychiques à travers les échanges inter-relationnels considérés comme des transactions. Chaque personne a un besoin vital d’être intégrée (appartenance), reconnue et appréciée (reconnaissance), par les personnes qui l’entourent. Les relations, qui passent par des transactions, ont pour but de satisfaire cette soif vitale.
Berne passe également de l’écoute abstentionniste, chère aux psychanalystes, à une écoute active non directive.
    Ses recherches sur l’intuition vont l’amener à lui donner une grande place dans l’analyse des scénarios de base d’un patient. On lui doit aussi la notion du Martien, celui qui a un point de vue et une tournure d’esprit sans idées préconçues et un langage simple.

2. Le Behaviorisme ou Comportementalisme

Le Behaviorisme affirme que le comportement observable est essentiellement conditionné soit par les mécanismes de réponse réflexe à un stimulus donné, soit par l’histoire des interactions de l’individu avec son environnement, notamment les punitions. Le behaviorisme affirmait que le domaine de la psychologie humaine devrait se réduire à l’observation du comportement humain, estimant que la conscience n’est un concept ni défini ni utilisable. La psychologie ne serait pas la science de l’esprit mais celui du comportement. Ce mouvement défendait l’idée qu’il était possible de décrire et de comprendre les comportements sans faire référence à des processus psychologiques internes.
  • Burrhus Frederic Skinner et le conditionnement opérant -1957.
    F. Skinner, (1904-1990), est un des champions du behaviorisme, sa contribution théorique majeure est le concept de « conditionnement opérant ».
    Dans le conditionnement classique on entraîne une réponse en manipulant les stimuli, dans le conditionnement opérant, on entraîne une réponse par la manipulation des contingences de renforcement du comportement. Cette notion permet d’intégrer la spontanéité de l’être humain au sein d’un cadre explicatif mécaniste.
Le behaviorisme va régresser au profit des approches cognitives et des thérapies cognito-comportementales (TCC). La thérapie cognito-comportementaliste de deuxième génération va donner la Pensée Positive. La TCC de troisième génération va s’inspirer des techniques de méditation pour donner le mouvement Mindfulness, traduit par « Pleine Conscience »; cette appellation tend maintenant à évoluer vers le terme de « Pleine Attention ».
Sidra Stone a été au départ une élève de Skinner. Cela nous donne une idée de l’évolution de sa pensée ! On retrouve, cependant, cette notion de conditionnement opérant dans le développement des subpersonnalités : l’enfant que nous étions les a développées parce qu’elles lui amenaient des « récompenses ».

3. La Psychologie Humaniste

Fondée sur une vision positive de l’être humain, la psychologie humaniste, ou psychologie humaniste expérientielle, amène l’idée phare que l’inconscient est une ressource.
* Elle reconnaît à chaque être humain une valeur en tant qu’individu unique, original, digne de respect.
* Elle accorde à chacun le droit à s’autodéterminer.
* Elle insiste sur les compétences de chaque patient à mobiliser ses forces de croissance psychologique pour développer son potentiel.

  • Jacob Lévy Moreno et le psychodrame – 1930.
    Jacob Levy Moreno, (1889-1974), psychiatre, sociologue et philosophe, né à Bucarest, développe le psychodrame dans les années 1930-1932. Les prémisses du psychodrame se retrouvent dans le «Théâtre Impromptu», que Moreno explore dès 1921 c’est pour lui la forme la plus primitive de théâtre thérapeutique.
    Quand Freud dit : « Que s’est-il passé ? Racontez-moi ! », Moreno préfère demander : « Comment cela s’est-il passé. Montrez-moi ! ». Sa méthode, fondamentalement humaniste, s’est développée dans le monde entier. L’aspect technique, quant à lui, a partiellement été repris par les psychanalystes dans le cadre de ce que l’on nomme «le psychodrame analytique».
  • Abraham Maslow, la pyramide des besoins, l’actualisation de soi – 1943.
    Père de l’approche humaniste, Abraham Maslow (1908-1970), psychologue américain, est cependant reconnu comme une figure de proue de la Psychologie Transpersonnelle.
    On lui doit la pyramide des besoins et le concept d’actualisation de soi – synergie entre être et faire. Sa vision dynamique des besoins dans la construction de la personnalité, sa mise en évidence des caractéristiques des gens qui ont réussi à s’accomplir – émotions, comportement et attitudes qu’ils ont développées – ont influencés nombre d’écoles de coaching.
    Sa hiérarchie des besoins signifie que l’homme n’atteint le plein développement de son psychisme que s’il est satisfait sur tous les plans : physiologie, sécurité, amour ou appartenance, estime ou reconnaissance, et accomplissement de soi ou créativité. En dépit de l’apparence rigide de la pyramide, Maslow a toujours affirmé que les besoins humains sont des dynamiques fluides et que plusieurs de ces besoins peuvent être présents simultanément.
    Au niveau de la psychologie transpersonnelle, on doit en particulier à Abraham Maslow l’élaboration d’un lexique précis, pour aborder la mystique et les états de conscience modifiés dans des termes scientifiques.
  • Carl R. Rogers, la Thérapie Centrée sur la Personne – 1950.
    Carl R. Rogers, (1902-1987), est la seconde grande figure qui va fonder la psychologie humaniste. Il est à l’origine du mouvement de la Thérapie Centrée sur la Personne et de ce qu’il nomme l’écoute active ou l’écoute thérapeutique. 
Son approche thérapeutique initiale était classiquement basée sur l’interprétation et le diagnostic, jusqu’à ce qu‘il réalise que le client, et non le thérapeute, est l’expert sur lui-même. Pour lui, les conditions fondamentales de toute thérapie (core conditions) sont :
    * L’empathie : une compréhension qui vient du fait de se mettre à la place du patient.
    * La congruence : être réel, transparent, authentique.
    * Considération positive inconditionnel : un accueil inconditionnel du patient, chaleureux et sans jugement.
    Bien plus que des concepts à appliquer, l’approche rogérienne implique un savoir-faire et surtout un savoir-être pour le thérapeute ou le conseiller. Le concept d’écoute thérapeutique tel qu’il l’a développé est la base de nombre de thérapies actuelles et la base de l’écoute d’un faciliteur en Voice Dialogue.
  • Milton Erickson et l’hypnose Ericksonienne – 1950.
    Milton Erickson, (1901-1980), psychiatre et psychologue américain est l’un des premiers à considérer l’idée que l’inconscient est un ami et une ressource. L’inconscient n’est plus une menace pulsionnelle qui, selon la théorie psychanalytique, vient perturber la vie consciente et contraint au refoulement. Bien au contraire, l’inconscient devient la source d’énergies nouvelles que le patient ignore et auxquelles il devra apprendre à faire une place de plus en plus grande. Erickson voit l’inconscient comme un sujet agissant doté de caractéristiques très différentes du moi conscient.
    Le souci principal du thérapeute est de faire découvrir à son patient ces ressources ignorées – et ces apprentissages possibles – qui vont lui permettre d’opérer une modification de son comportement.
    Pour lui, il ne peut exister de méthode, il n’y a de thérapie que si le thérapeute réussit à découvrir sur le moment, ce qui convient à cette personne particulière, en ce moment particulier. Avec Miton Erickson, le thérapeute est très actif, voire manipulateur.
  • François Roustang, « Faire fondre les problèmes dans le flux de la vie »
    Un bel équilibre à la position du thérapeute selon Erickson viendra de François Roustang, (1923-2016) ancien jésuite et ancien psychanalyste devenu hypnothérapeute : « Ne rien faire pour que quelque chose se fasse », ou encore avoir une approche qui permet à « l’Être qui est présent de se manifester, pour investir son propre corps et se libérer de ses entraves ».
    «Je ne m’attribue pas le succès, je ne me chagrine pas de l’échec. Je vérifie seulement si je suis vraiment prêt à n’importe quoi de ce qui peut arriver. Il m’a certainement fallu des années avant de m’être senti aussi libre du succès que de l’échec.»
  • L’école de Palo Alto, les thérapies brèves et les thérapies systémiques – 1950.
    Sous l’influence d’Erickson, vont se développer les thérapies brèves et les thérapies familiales de l’école de Palo Alto, du nom de la ville de Californie où elles se sont développées au départ.
    Les thérapies dites systémiques vont naître de ce mouvement et adapter au champ de la psychothérapie la théorie des systèmes venue de la biologie et de la physiologie. Plusieurs approches vont voir le jour : communicationnelle, stratégique, structurale, contextuelle ou constructiviste…
    Les thérapies systémiques vont mettre en évidence qu’il n’est pas nécessaire de convoquer tout le groupe pour opérer un changement. Les thérapies systémiques familiales, par exemple, ne sont pas des thérapies de groupe. Leur caractère familial signifie qu’elles tiennent compte de l’implication de tous les membres qui composent la famille, même si elles ne traitent pas tous les membres en groupe. L’accent est mis sur la façon dont les autres membres de la famille, par rapport au « malade » désigné, entretiennent un comportement perturbé, un changement approprié dans un sous-système entraînant souvent une évolution majeure du système entier. Le « malade » désigné, à la limite, peut ne pas assister aux séances de thérapie.
  • Eugene Gendlin et le Focusing
    Dans les années 1960, Eugene Gendlin, psychologue et philosophe américain né en 1926, va développer le Focusing. Cette approche qui met l’accent sur la dimension expérientielle – concrètement et corporellement ressentie – la considère comme étant première, fondatrice, et à l’origine du sentiment de soi.
    La démarche se caractérise par une attention particulière portée aux ressentis corporels comme moyen de compréhension des situations vécues. Cette attention permet à la personne de développer des réponses personnelles adaptées aux difficultés rencontrées.
    Le Focusing est dérivé de l’Approche Centrée sur la Personne, Gendlin a été un proche collaborateur de Rogers. Pour Gendlin, le sens corporel est le support du processus de changement, il permet que se révèle ce qui est implicitement signifiant pour la personne. Le processus d’émergence réorganise les données dans le sens d’une plus grande harmonisation et d’un meilleur relationnel. Par l’accès à l’unité sous-jacente, le Focusing permet de sortir de la vision conflictuelle qui amenait, au départ, le malaise.
  • Alphonso Caycedo et la sophrologie – 1960
    A. Caycedo, (1935-2017), médecin neuropsychiatre colombien qui a étudié l’hypnose va fonder la sophrologie dans les années 60. Confronté professionnellement à l’observation d’états de conscience modifiés et obligé d’utiliser des procédés thérapeutiques violents (comas insuliniques, électrochoc sans anesthésie), il s’interroge sur la nécessité de modifier ou altérer ainsi la conscience dans un but thérapeutique. Il recherche alors d’autres options et se tourne d’abord vers l’hypnose avant de créer la sophrologie. Cette pratique psycho-corporelle s’appuie essentiellement sur la détente physique, obtenue grâce à des exercices de respiration, et la visualisation d’images apaisantes.
  • Richard W. Bandler, John Grinder et la PNL – 1970.
    La programmation neuro linguistique (PNL) a pour origine un linguiste et un informaticien. Elle est fondée par R. Bandler, psychologue et informaticien américain né en 1950, et J. Grinder, linguiste américain de dix ans son aîné. La PNL s’inspire des recherches d’Eric Perls (Gestal-Thérapie) et d’Erickson.
    La PNL cherche à décrire, pour pouvoir les reproduire, les comportements efficaces, grâce à un système de modélisation (notion de méta-modèles). Elle se fonde sur un ensemble de techniques permettant de décrire l’expérience subjective et éventuellement de la transformer. Aux premiers modèles découverts par Bandler et Grinder vont venir s’ajouter des protocoles observés par d’autres thérapeutes ; on doit à Erickson, par exemple, quelques uns des modèles fondamentaux de la PNL.

4. Psychologie Transpersonnelle

La psychologie transpersonnelle est née dans les années 60-70 de la grande vague créative initiée à Esalen, Big Sur, Californie. Dans ce lieu devenu mythique de nombreux psychiatres, psychologues, philosophes, thérapeutes, visionnaires et artistes se sont réunis et influencés mutuellement. Le mouvement d’Esalen va, à son tour, profondément influencer les écoles actuelles de psychothérapies. La psychologie transpersonnelle réunit les trois vagues précédentes, psychanalyse, thérapie cognito-comportementaliste et psychologie humaniste.

  • Carl Gustav Jung, et la psychologie des profondeurs
    JUNG Nous allons placer ici, la grande figure dont nous n’avons pas encore parlé, Carl Gustav Jung, (1875-1961). Médecin psychiatre suisse, fondateur, avec Marie Louise von Franz, de la psychologie analytique, iI va renouveler la pensée moderne.!
    Aussi bien son œuvre clinique, ses critiques constructives à l’adresse de Freud et de la psychanalyse orthodoxe que ses études sur les archétypes, les religions, l’anthropologie, la mythologie et l’alchimie, études auxquelles il va consacrer la seconde moitié de sa vie vont nous apportent une moisson d’une richesse infinie.
    Il est reconnu, aujourd’hui, comme un des pères de la psychologie transpersonnelle, même si ce mouvement va se développer bien après lui
  • Stanislav Grof, les matrices prénatales -1975, et la Respiration Holotropique – 1976.
    Né à Prague en 1931, Stanislav Grof, psychiatre tchèque est un pionnier dans la recherche des états modifiés de conscience. Il est aux côtés d’Abraham Maslow et de Rogers dans l’aventure de cette psychologie dite humaniste. Maslow et lui vont la faire évoluer vers ce qu’on a nommé la psychologie transpersonnelle.
    Les travaux de Grof aboutissent à l’idée que certains problèmes psychiatriques, classés comme psychoses, sont en réalité des expériences spirituelles et que le LSD et d’autres substances psychédéliques, dans un contexte approprié, peuvent être des outils de guérison. Le LSD a cependant été interdit aux États-Unis dès 1966. 
En 1969, il met au point sa théorie des matrices périnatales fondamentales (MPF). Puis développe en 1976, avec sa seconde épouse Christina, la Respiration Holotropique à l’institut d’Esalen à Big Sur, en Californie. Une méthode très proche du Rebirth développé par Léonard Orr dès 1960.
  • Ida Rolf
    On retrouve dans cet institut Ida Rolf (1896-1979), biochimiste américaine fondatrice de l’Intégration Structurale ou Rolfing. Il s’agit d’une technique de travail corporel en profondeur qui peut ressembler à un massage dynamique. Elle a pour but de remodeler le corps en le replaçant sur son axe central et agit en rééduquant la posture et le mouvement.
  • William Brugh Joy et la Psychologie de la Transformation
    Dans ces dynamiques années 70, W. Brugh Joy, (1939-2009), introduit le concept de psychologie de la transformation. Avec lui, la conscience du corps énergétique fait son entrée dans la culture occidentale. Brugh Joy va, au final, développer des théories très proches de celles de Hal et Sidra Stone. « L’inconscient est composé de personnalités multiples et autonomes qui affectent notre santé, et nos rêves révèlent les dynamiques inconscientes à l’œuvre dans notre personnalité. »
    « Le mental est à 99,999999% dans le coma, il ne réalise tout simplement pas les forces inconscientes qui dominent ou dirigent la vie de l’individu. » affirme-t-il dans les conférences données vers la fin de sa vie.
  • Hal et Sidra Stone, la Psychologie des Subpersonnalités et de l’Ego Conscient
    C’est aussi dans ces années 70 que Hal et Sidra Stone, après avoir mis un terme à sa carrière d’analyste jungien pour l’un, de comportementaliste pour l’autre, vont prendre leur place dans ce mouvement. Ils reprennent au départ le terme de Psychologie de la Transformation avant de renommer leur travail, Psychologie des subpersonnalités et de l’Ego Conscient (Psychology of The Selves and The Aware Ego).
    Ils amènent un point fondamental : le respect de l’ego fonctionnel et la possibilité de développer un processus d’Ego Conscient.
    Leur idée phare est la suivante : dans notre monde dualiste, toute énergie à un opposé. L’être humain, pour s’adapter et survivre développe un système primaire adapté à sa famille, son environnement et sa culture, et rejette les opposés des énergies qui composent de système primaire. Nous pouvons sortir de cette dualité qui nous restreint et pose souvent problème pour intégrer ces opposés. Cela nous permet d’équilibrer notre personnalité et notre environnement. Continuer de rejeter ses opposés est la source de tous les problèmes au niveau des humains et des sociétés.
    Hal et Sidra vont développer le concept de subpersonnalités (selfs /selves), et étudier comment celles-ci jouent un rôle déterminant dans la dynamique intrapsychique et relationnelle. « Nous sommes un ensemble de subpersonnalités et les échanges entre deux personnes sont, en fait, un échange entre deux groupes de personnes ». 
Ils travaillent sur la notion de lien, formalisent ce lien, calqué sur la relation Mère/ Enfant, décrivent les schémas d’ancrage positifs et négatifs et la façon d’en sortir. 
Ils développent le concept d’un ego capable de se tenir, énergétiquement parlant, entre les deux extrêmes de toute polarité : c’est le processus d’Ego Conscient. Il nous mène à la dualitude dans laquelle nous allions une énergie et son opposé, en valorisant les deux côtés de la polarité ; nous sortons ainsi de la dualité.
    Leur méthode d’exploration et de transformation de la conscience va s’affiner et se compléter au fil des années. Le récit de ce développement est retracé dans leur petit livre Les éléments fondamentaux du Voice Dialogue. (En téléchargement libre sur le site http://www.voice-dialogue-sud.com ). 
 Aujourd’hui, certains considèrent leur oeuvre comme une pensée néo-jungienne. Hal, lui-même, aujourd’hui (2018), après avoir longtemps affirmé n’avoir plus rien à voir avec le fait d’être un thérapeute jungien, semble accepter cette appellation.
  • Bert Hellinger et les constellations familiales -1990.
    La méthode des constellations familiales et systémiques est une méthode de thérapie familiale transgénérationnelle développée dans les années 1990 par Bert Hellinger, ancien prêtre allemand devenu psychothérapeute. Elles sont basées sur la mise au jour de l’inconscient familial par le biais de jeux de rôles et de psychodrames qui auraient le pouvoir de résoudre les conflits. Bert Hellinger a découvert cette méthode auprès de Théa Schönfelder, il s’est aussi inspiré des travaux d’Eric Berne sur l’analyse transactionnelle et les scénarios de vie. Cette méthode est surtout fondée sur l’intuition et les capacités «médiumniques» du leader et des participants.
  • Richard C. Schwartz et l’IFS – 2010
    Dans les années 2010, Richard C. Schwartz va combiner la pensée systémique et celle de la réalité des subpersonnalités pour créer l’IFS, Internal System Family. Bien que son travail sur les subpersonnalités reprenne complètement les concepts développés par Hal et Sidra Stone, à ma connaissance, il ne les cite jamais.
    L’objectif thérapeutique, cependant, est très différent : le but est d’instaurer un «self leadership», c’est-à-dire le leadership d’une partie. Ceci est très différent du processus d’Ego Conscient, spécificité du Voice Dialogue sur laquelle nous reviendrons dans le troisième article de cette trilogie.

Conclusion

Le Voice Dialogue appartient à la famille des thérapies analytiques et à celle des thérapies humaniste. Tenant compte de la dimension spirituelle de l’être humain, elle s’inscrit également dans le mouvement de la psychologie transpersonnelle.
Parce que la base de l’écoute dans une séance de Voice Dialogue est l’écoute thérapeutique, je reviendrai avec plaisir, si vous le voulez bien, dans un second article, sur l’apport fondamental de Carl Rogers avant de continuer, éventuellement, sur les spécificités du Voice Dialogue et le modèle de conscience qui le définit.

Véronique Brard – Association Voice Dialogue Sud ©

Publié le 14 janvier 2019

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