Comment faire de nos jugements négatifs une force ?

Emilie Veillon (Article du magazine « Le temps »)

Publié le 06 juin 2020

Réponse de Marie-Agnès Chauvin, psychologue française et auteure de «Continuons à penser du mal des autres!»

«Nous sommes des êtres de jugement: consciemment ou non, le jugement négatif s’impose à nous. «L’autre» est toujours trop bête, trop mou, trop… Acceptons-nous tels que nous sommes sans culpabilité et partons de cette réalité pour en comprendre le sens.

Si un comportement nous fait bondir, c’est qu’il vient heurter le modèle sur lequel on s’est construit. Supposons que je déteste le comportement des profiteurs et des quémandeurs. Cela signifie que j’essaie d’être différente, que mon guide intérieur vise l’inverse, que je m’efforce d’être autonome, responsable et de prendre ma vie en main. Ce modèle est tout à fait estimable et je peux me féliciter de l’avoir adopté. Les choses pourraient s’arrêter là et à chaque fois que je rencontrerais un «profiteur», je pourrais calmer ma rogne en me congratulant sur la pertinence de mon choix de vie.

Sauf que, dans la mesure où j’ai opté pour l’opposé d’un comportement que je réprouve, je vais (consciemment ou non) déployer tous mes efforts pour éviter de devenir ce que je déteste. Je vais donc amplifier mon modèle. Je vais appuyer jusqu’à l’excès sur ma prise de responsabilité et mon autonomie. Je risque, dès lors, de passer pour une personne décidant seule, voire distante. Pour ne pas être vue comme profiteuse, je suis vue comme lointaine. Et cela pose un problème embarrassant: je ne veux pas être ce que je réprouve, ni ce que ma lutte pour y échapper me conduit à faire.

C’est à ce moment que le jugement négatif devient une ressource. Retournons à l’origine de la pensée en question et cherchons le positif qu’elle cache. Dans cet exemple précis, ce que savent très bien faire les profiteurs, c’est s’appuyer sur les autres et demander de l’aide. Je vais aller chercher ce qu’il y a de bien chez les profiteurs et le faire mien sans pour autant bafouer mon modèle de comportement. Autrement dit, conjuguer deux comportements opposés: l’autonomie et la capacité de demander de l’aide. Ce faisant, il y a de fortes chances pour que mes comportements deviennent plus souples et mes relations plus fluides.»


Emilie Veillon

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