Concepts Jungiens

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Principaux concepts jungiens

Marie-Agnès Chauvin et Charlotte Frizon-Hémard

2016

Amplification
Animus et Anima
Archétypes – Images archétypales
Dissociation psychique
Dynamique des opposés
Imagination Active
Inconscient collectif – Inconscient personnel

Individuation
Moi-conscient
Numineux
Ombre
Persona
Soi
Transfert

Persona

La persona est un ensemble de comportements, que l’on porte comme un masque.
Dans le théâtre antique, le masque avait deux fonctions :

  • il donnait à voir le facies figé d’un personnage type, une sorte de rôle social,
  • il permettait aux comédiens d’exprimer, derrière ce modèle imposé, leur propre voix avec la richesse de ses inflexions.

On retrouve ces deux facettes dans le concept jungien de Persona :

  • la Persona a un rôle d’interface protecteur pour s’adapter socialement à partir de modèles,
  • elle permet d’être un vecteur du Soi à travers une représentation du Moi.

L’objectif du Dialogue Intérieur est d’aider le facilité à utiliser les modèles conventionnels et collectifs sans s’y « abandonner ». Une personne sur le chemin de l’individuation apprend à « jouer » sans se « prendre pour ».

Moi-conscient

Dans la terminologie du Dialogue Intérieur développé par Hal et Sidra Stone, il désigne le processus par lequel un individu identifie et différencie les aspects de sa personnalité (Self, sous personnalités).
La fonction du Moi-conscient est de respecter les sous personnalités, moduler leur énergie, maintenir la tension entre les forces contraires, sans juger. Le Moi-conscient intègre les opposés pour embrasser toute la puissance de la psyché.
Il se déploie dans les limites du temps, de l’espace et de la causalité.

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Soi

Le Soi est « Plus vaste que le moi » selon Jung. Le soi est le centre de l’ensemble de la personnalité, entre le conscient (Moi) et l’inconscient. Le Soi est un processus résultant de la confrontation du Moi avec l’inconscient. Le Soi contient la conjonction des contraires, que le Moi a préalablement différenciés, c’est l’archétype de la totalité. Il est «  transcendant de la conscience ». Il est considéré par Jung comme impersonnel et intemporel.

Ombre

L’ombre est un concept clé chez Jung, « la partie sombre qui s’oppose à la lumière de la conscience ».
L’ombre est ce qui manque à la personne pour faire de lui un être complet et harmonieusement développé. C’est dans l’ombre que se trouve la complexité de chaque être et le potentiel de développement. Commencer à intégrer son ombre amorce le processus d’individuation.
Intégrer son ombre est une quête inlassable.
L’ombre est constituée des pulsions reniées, des valeurs rejetées ou non encore assumées. Elle apparaît souvent dans les rêves, sous forme d’images issues de l’histoire de la personne ou d’archétypes. L’ombre est représentée comme l’ennemi personnel, chargée de tous les défauts qui sont inconsciemment attribués à l’autre.
Pôle opposé aux visées de la conscience, l’ombre est projetée sur autrui qui devient le représentant imaginaire de cette « personnalité inférieure » que le Moi rejette ou se sent incapable d’intégrer. Travailler sur l’ombre, c’est extraire de ces images intenses ce qui nous appartient et se l’approprier pour s’enrichir

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Individuation

L’individuation est un processus par lequel un être devient un « un-dividu » psychologique dans sa totalité, à savoir : une unité, une entité autonome et indivisible.
L’individuation est un processus de transformation intérieure dont le but est la conjonction des pôles contraires. Elle se caractérise par l’identification des différentes sous personnalités, la prise de conscience de l’ombre, la différenciation qui libère des normes collectives.

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Inconscient collectif

L’inconscient collectif est une partie de notre propre inconscient. Il est en quelque sorte la partie la plus « primordiale » de notre structure psychique. Dans cet espace, il y a la trace laissée par l’histoire de notre propre famille, celle de notre groupe social et enfin celle de l’humanité. Nous arrivons au monde avec la « mémoire » accumulée des comportements humains qui nous ont précédés. Les traces du passé commun à l’humanité, ont été appelés archétypes par Jung.

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Inconscient personnel

L’inconscient personnel se « forme » après la structure de l’inconscient collectif. Il se remplit par refoulement, oubli et déni à partir de l’inconscient collectif et à partir des expériences vécues par le sujet.
Les contenus de l’inconscient (personnel et collectif) émergent au travers de processus corporels et langagiers (actes manqués, émotions, maladies, projections, lapsus, images mentales, rêves…)

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Archétypes

Etymologiquement « archétype » veut dire « traces dans la cire ». Dans notre inconscient collectif, il y a des potentiels d’activation de comportements. Ce ne sont que des énergies en devenir, c’est pour cela que Jung parle d’un espace vide quand il parle du réservoir d’archétypes qu’est l’inconscient collectif.
Ces énergies vont s’activer dans des formes qui prendront corps en s’appuyant sur notre culture. La manifestation d’un archétype est appelée : image archétypale.
Les archétypes ont « un versant pulsionnel (plus ou moins infernalisé) et un versant spirituel (plus ou moins célestiélisé) » selon Pierre Solié (La femme essentielle).

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Images archétypales

Les archétypes vont donner naissance à des images plus concrètes. C’est un peu comme une énergie qui s’incarne avec un aspect et des caractéristiques observables.
L’archétype est commun à toute l’humanité, l’image archétypale est spécifique à une culture ou à une personne.
Exemple :
Si l’on évoque l’archétype de la Grande Mère, on en trouve une première image dans la grande déesse primordiale des premiers cultes spirituels. On la voit ensuite dans la déesse Inanna des sumériens ; dans la mythologie grecque, sous la forme de Déméter ; dans celle d’Isis chez les égyptiens ; chez les celtes dans Dana ; dans Marie chez les chrétiens, etc. Les attributs sont différents mais l’origine est commune.

Il est intéressant de remarquer que les images archétypales des mythologies anciennes expriment dans la même figure les potentiels opposés : la puissance de vie et la puissance de mort.
Marie, chez les chrétiens ne possède plus que le versant positif de la déesse primordiale.

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Animus, Anima

L’Animus et l’Anima sont des archétypes. Ce sont les principes masculin et féminin. Ils revêtent comme toute structure « archaïque » un versant positif (bienfaisant, générateur de vie) et un pôle négatif (malfaisant, générateur de mort).
Ce qui stagne dans l’inconscient peut se manifester (à notre insu) sous le versant maléfique de l’archétype. Ce qui passe la barrière du conscient devient une ressource pour nous et pour les autres.
L’Animus est la partie masculine de l’inconscient féminin.

  • L’animus positif est l’image adaptive (bénéfique) du principe masculin : le modèle est celui du « Logos » c’est-à-dire des instances psychiques réflexives, analytiques, affirmées, structurées et organisatrices…
    Ce modèle positif est à la disposition des femmes. Il est souvent projeté sur des personnes extérieures. C’est la base du mécanisme amoureux.
  • L’animus négatif est l’image excessive (maléfique) du principe masculin : le modèle est celui d’instances psychiques rigides, dictatoriales, violentes, infantilisantes…

Quand l’Animus négatif est projeté à l’extérieur : la femme impose sa loi.
Quand l’animus négatif agit à l’intérieur de l’inconscient d’une femme, il la soumet aux lois de la culture patriarcale. Il a été appelé « patriarche intérieur » par Sidra Stone.
L’Anima est la partie féminine de l’inconscient masculin.

  • L’anima positive est l’image adaptative du principe féminin : le modèle est celui de « l’Eros ». c’est-à-dire des instances psychiques affectives, créatrices, tempérantes, dans l’ouverture et la confiance…
    Ce modèle est à la disposition des hommes. Il est souvent projeté sur des personnes extérieures. C’est la base du mécanisme amoureux.
  • L’anima négative est l’image excessive (maléfique) du principe féminin : le modèle est celui d’instances psychiques versatiles, indolentes, manipulatrices, dévorantes …

Quand l’Anima négative est projetée à l’extérieur, l’homme impose ses désirs.
Quand l’Anima négative agit à l’intérieur de l’inconscient d’un homme, elle le soumet à l’affect et à son pouvoir dévorant.

« Pour décrire en bref ce qui fait la différence entre l’homme et la femme à ce point de vue, donc ce qui caractérise l’animus en face de l’anima, disons : alors que l’anima est la source d’humeurs et de caprices, l’animus, lui, est la source d’opinions ; et de même que les sautes d’humeur de l’homme procèdent d’arrière-plans obscurs, les opinions acerbes et magistrales de la femme reposent tout autant sur des préjugés inconscients et des a priori. »

Jung dans Dialectique du moi et de l’inconscient

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Dynamique des opposés

Jung définit l’énergie psychique à partir de la tension entre les forces opposées ; sans opposition, pas de vie !
Quand ces « oppositions » agissent dans l’ombre, notre dynamique de vie est chaotique. Quand elles sont conscientisées, cette tension énergétique est source de vie harmonieuse.
Le processus d’individuation passe par :

  • la reconnaissance des faces opposées des archétypes et des images archétypales (à la fois potentiellement bons et mauvais) ; exemple : le versant générateur de vie et en même temps destructeur de la Grande Mère et du Père archaïques.
  • le « mariage » conscient entre les images archétypales opposées comme le principe masculin et le principe féminin.
  • la capacité à mobiliser pour agir des comportements apparemment contradictoires.

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Transfert

Le transfert est un concept élaboré par Freud. Il exprime un processus psychique par lequel la personne reporte sur son analyste/thérapeute des désirs inconscients qu’il éprouvait auparavant pour d’autres personnes.
Freud a fondé la psychanalyse sur ce concept. Travailler avec l’analysant sur les projections qu’il fait sur son analyste permet au sujet de conscientiser l’origine de ses conflits psychiques.
Jung trouve la définition freudienne réductrice et il lui oppose une interprétation plus large et plus
« constructive ». Pour Jung, nous ne projetons pas sur l’analyste que les contenus de nos propres « névroses ». Nous utilisons ce processus pour projeter aussi des rêves et des symboles. Les images archétypales ont ainsi une chance de passer la barrière de la conscience. C’est ainsi que les grands archétypes peuvent être utilisées comme source d’énergie pour notre développement.
L’analyse du transfert et sa résolution favorise le retrait des projections.

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Imagination active

L’imagination active est un processus d’élaboration psychique. Il consiste à amplifier et faire vivre un contenu issu de l’inconscient : rêve ou image. Ce processus fait appel à l’imagination, à l’écriture, la peinture ou toute autre forme d’expression qui donne une existence réelle au contenu inconscient. Ce passage de l’inconscient au conscient met le sujet sur son chemin de développement.
Jung et M.L Von Franz demandaient à leurs patients de faire ce travail à la suite des séances d’analyse.
Ce processus, guidé par des coachs et des thérapeutes, a donné le Dialogue Intérieur.

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Amplification

L’amplification est le moyen de donner tout l’espace d’expression à un contenu psychique émergeant afin de lui faire passer la barrière de l’inconscient vers le conscient.
Pour Jung, il faut agir suivant trois axes :

  • Laisser advenir (geschehenlassen)
  • Considérer/engrosser (betrachten)
  • Se confronter avec (sich auseinandersetzen)

L’amplification permet la mise en œuvre de l’imagination active et du Dialogue Intérieur.
Dans le Dialogue Intérieur, l’objectif est de permettre au facilité de ressentir la présence et la force d’une ou plusieurs « sous-personnalité ».
Amplifier, c’est accueillir totalement ce qui arrive puis donner le plus d’espace possible au mode d’expression de l’énergie psychique. Si elle se tait, on reste dans le silence. Si elle exprime des ressentis, on lui demande de les décrire, si elle exprime des opinions, de les exposer…

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Dissociation psychique

La première personne à avoir évoqué la dissociabilité de l’esprit humain est Pierre Janet dans les années 1880. Le mécanisme était considéré alors comme le signe pathologique d’un sujet qui n’arrive pas à synthétiser ses propres élaborations. Le grand mérite de Jung est d’avoir sorti la dissociation de son seul visage pathologique.
Pour Jung, il y chez l’humain, à la fois la capacité à se dissocier et une tendance à l’intégration. La première amène la différentiation des contenus psychiques, la seconde permet leur intégration.
Le Dialogue Intérieur met en œuvre la dissociation volontaire et consciente du sujet. Elle lui permet d’éclairer ses comportements, de conscientiser et de contenir des énergies archaïques menaçantes ou handicapantes.
L’imagination active et le dialogue intérieur permettent à un sujet de contacter et d’intégrer des forces archaïques, lui ouvre le chemin pour utiliser les énergies protectrices et contenir les énergies destructrices.

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Numineux

Ce concept énoncé par Otto Rank et repris par Jung renvoie au sacré, au divin (la racine latine de « numen » fait référence à la divinité).
La charge énergétique de certaines images archétypales serait due à la force du divin à l’intérieur de notre propre inconscient collectif.

Publié le 27 mai 2016

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