Quand un patient dit …

« Quand un patient dit qu’il veut mourir,

c’est juste une partie de lui qui dit cela »

Proposé par Marie-Agnès Chauvin
Interview du Dr Jean-Marie Gomas
Coordinateur de l’unité de soins palliatifs à l’hôpital Sainte-Périne à Paris

2017

Quelle est votre position sur la fin de vie ?

« Je suis un des fondateurs du mouvement des soins palliatifs. Notre position est claire : accompagnement du patient jusqu’au bout, on le laisse vivre et s’approcher de sa fin de vie à son rythme. »

À vous entendre, on laisse faire les choses…

« Il y a quelque chose que le grand public ignore peut-être, c’est que, pour mourir, il ne faut pas simplement avoir un corps altéré mais aussi lâcher prise. Le lâcher prise, ça peut prendre du temps. Ce n’est pas parce que la fin de vie est difficile qu’il faut l’abréger. »

On dit quoi à une personne qui demande à mourir ?

« Le premier mouvement quand quelqu’un dit    «je ne suis pas bien, je veux que ça s’arrête», c’est de le croire. Sauf que nos travaux montrent que lorsqu’un patient dit «j’en ai assez», c’est une partie de lui qui dit cela. Une autre partie ne lâche pas prise. Il a encore besoin de temps pour dire au revoir, pour exprimer sa rage. Et ça a du sens, même du sens difficile. »

Qu’est-ce qui vous fait dire cela ?

« Les apports de la psychologie et de la psychanalyse montrent que les patients sont dans une ambivalence. Il faut se méfier de solutions trop rapides et trop schématiques. Cerains disent que puisque c’est difficile, il faut que ça s’arrête tout de suite. Non, ce n’est pas aussi simple que cela. »

Le lâcher prise c’est quoi ?

« C’est un état où la personne abandonne progressivement son désir de vie, ses pulsions, rentre à l’intérieur d’elle-même, et, petit à petit, s’éteint comme une petite bougie. Tout le monde n’a pas la chance de s’éteindre doucement. D’autres sont dans la révolte, la colère, et cela, on l’écoute jusqu’au bout. »

Vous pensez quoi de la loi Leonetti ?

« Elle renforce la capacité des médecins à calmer les symptômes insupportables. C’est une bonne loi. L’accompagnement, l’écoute de l’autre, le centrage sur l’humain doivent répondre aux préoccupations. On ne retarde pas la fin des gens, mais on ne l’accélère pas non plus. »

Publié le 25 Juin 2017

Extrait de l’interview du Dr Gomas par la voix du Nord : http://www.lavoixdunord.fr/86971/article/2016-12-08/quand-un-patient-dit-qu-il-veut-mourir-c-est-juste-une-partie-de-lui-qui-dit

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