Violence et passions, …

Violence et passions, danse des sous-personnalités

Martin de Waziers, Suzel Stiffel et Marie-Agnès Chauvin

2016

Stop à la Violence !

Interrogé en 1954 sur les risques d’une guerre atomique, Jung dit : « Je crois que cela dépend des gens : combien en est-il qui peuvent supporter la tension des contraires à l’intérieur d’eux-mêmes ? S’il y en a assez, je pense que la situation pourra tout juste se maintenir… (et éviter) l’ultime affrontement des contraires. »
Jung appréhende toujours les évènements collectifs à l’aune de la vie intérieure des individus. Entre 1914 et 1918, il avait réalisé que certains de nos états psychiques (vision, rêve, activité créatrice) ont coïncidé avec les secousses de l’Histoire !
« Je suis dans un métro bondé où je me suis glissée tant bien que mal… aguerrie, je me fais une place au milieu des corps compressés quand tout à coup la peur m’envahit. Le wagon où je me suis faufilée retentit des braillements d’hommes ivres porteurs de T-shirts criards. Il semblerait que les jaunes se battent contre les verts. Le flux des corps agglutinés me repousse contre la portière, m’écrase… je chavire sur une dame ratatinée par la terreur. Un coup de frein brutal, la porte du wagon s’ouvre et je suis déglutie sur un quai où une nouvelle troupe de « jaunes et de verts. » se bat… »
Cette violence n’est pas un cauchemar, c’est juste un banal épisode, un soir de match de foot !
La violence fait partie de notre inconscient collectif. La puissance de vie, après notre expulsion violente de la matrice maternelle, pendule en nous avec la puissance de mort. Pas de vie sans la tension des opposés ! Ainsi le bébé sait-il qu’en braillant bien fort, il recevra l’indispensable lait maternel et d’angéliques bambins sont-ils capables d’infliger de grandes cruautés à des animaux ou d’autres enfants. Au sein de nos sociétés, qu’en est-il de nos organisations politiques, de leurs efforts et de leurs lois pour apaiser la violence ? L’état de démocratie ne garantit en rien l’absence de violence. Sur le plan individuel, que faisons-nous chacun pour gérer nos propres conflits intérieurs ? Comme le dit Jung, il s’agit de supporter cette tension des contraires.
Qu’en est-il de la violence que nous constatons, nous les accompagnateurs, au sein des organisations et entreprises où nous intervenons ? Quels constats faisons-nous ? Quelle peut-être la portée de nos interventions ? Entre toutes les formes de pouvoir : puissance publique, actionnaires, patrons, dirigeants, managers, RH, syndicats et salariés fragilisés par la précarité des emplois, se joue une lutte constante dont la violence, parfois habillée de langue de bois, fait des ravages. On sait que la violence psychique peut marquer à vie ses victimes.
Doit-on rester impassible ou peut-on éveiller les individus à la conscience de la danse de leurs sous-personnalités et à son pas de deux ? Ces polarités qui nous font basculer d’un extrême à l’autre, parfois nous raccrochent collectivement à une volonté suicidaire ; n’est-ce pas le monde actuel ? Et que dire des attentats et de ceux qui les perpétuent ? N’ont-ils pas, eux-mêmes, basculé dans l’indicible ? En tous cas, dans l’irrémédiable !
La peur est une réaction de survie et une émotion naturelle (e-movere en latin veut dire se bouger de là où l’on est). Il faut prendre conscience de sa répétition et travailler à l’atténuer sous peine de devenir les jouets de notre inconscient personnel et de d’ignorer le poids de l’inconscient collectif. Une des raisons de l’escalade de la violence est d’ignorer ou sous-estimer la puissance de l’inconscient collectif en chacun de nous.
Allons, enfants du cosmos, le jour d’équilibre est arrivé ; compagnons du dialogue intérieur, les sous-personnalités sont levées… Aux sessions, citoyens, marchons dans les pas de Jung et utilisons de manière saine et sereine la puissance de notre propre inconscient collectif.

Publié le 27 juillet 2016

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